Pendant longtemps, l’automatisation a été perçue en Amérique du Nord comme une réponse presque exclusive à un problème de salaires élevés ou de pénurie de main-d’œuvre. Or, les données récentes montrent une réalité beaucoup plus dérangeante : des pays à très faible coût de main-d’œuvre, comme le Bangladesh, automatisent parfois plus rapidement et plus stratégiquement que le Canada.
Ce contraste soulève une question fondamentale pour les manufacturiers d’ici : pourquoi attendons-nous si longtemps avant d’automatiser?
En 2025, le Canada affiche un paradoxe bien connu dans le milieu manufacturier.
Sur papier, ces chiffres semblent encourageants. En pratique, l’automatisation demeure souvent réactive plutôt que proactive : elle survient lorsque la pénurie de main-d’œuvre devient critique, lorsque les coûts fixes deviennent intenables ou lorsque des subventions sont disponibles.
L’exemple du fabricant québécois Royer, fondé il y a près de 100 ans, illustre brutalement cette réalité.
À titre de comparaison :
Dans ce contexte, l’absence ou le retard d’automatisation devient un facteur de fermeture, pas seulement un enjeu de compétitivité.
À première vue, le Bangladesh ne devrait pas être un champion de l’automatisation. Pourtant, la réalité du terrain raconte une autre histoire.
Des chiffres qui surprennent
Même si l’automatisation n’est pas encore aussi avancée qu’en Chine ou au Vietnam, la trajectoire est claire : elle s’accélère.
Pourquoi automatiser avec une main-d’œuvre à 1,50 $/h?
Parce que le Bangladesh a compris une chose essentielle : l’automatisation n’est pas qu’une question de salaire.
Les moteurs réels sont :
Autrement dit, l’automatisation est perçue comme un levier stratégique, pas comme un dernier recours.
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Canada |
Bangladesh |
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Coût de main-d’œuvre |
Élevé |
Très faible |
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Taux d’automatisation |
~8,4 % (historique) |
18,6 % (RMG) |
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Logique d’adoption |
Réactive |
Stratégique |
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Pression externe |
Pénurie de main-d’œuvre |
Clients internationaux |
Malgré des freins bien réels dont les coûts d’investissement élevés, besoins en formation, infrastructures à moderniser et dépendance à des fournisseurs étrangers, le Bangladesh poursuit activement sa transition vers l’automatisation. Pour des lignes de production dont le coût peut atteindre entre 150 000 $ et 500 000 $ US, même dans un contexte où plus de 80 % des usines sont des PME, l’adoption progresse.
Cette réalité met en lumière un contraste frappant avec le Canada : là où le Bangladesh automatise de façon stratégique pour répondre aux exigences des marchés internationaux et sécuriser sa compétitivité future, le Canada tend encore trop souvent à automatiser par réaction, sous la pression de la pénurie de main-d’œuvre et de la hausse des coûts.
Une comparaison inconfortable, mais révélatrice : l’automatisation n’est plus un luxe défensif, c’est un choix stratégique qui se décide avant que les marges et les capacités opérationnelles ne s’érodent. Si même les pays à très bas salaires automatisent pour rester compétitifs, le Canada ne peut plus se permettre d’attendre.
Sources : Journal de Montréal, Butex Business Club, CanadianSME Magazine