Automatisation et robotique : quand le Bangladesh avance plus vite que le Canada, malgré une main-d’œuvre à bas coût

robotique au Bangladesh

Pendant longtemps, l’automatisation a été perçue en Amérique du Nord comme une réponse presque exclusive à un problème de salaires élevés ou de pénurie de main-d’œuvre. Or, les données récentes montrent une réalité beaucoup plus dérangeante : des pays à très faible coût de main-d’œuvre, comme le Bangladesh, automatisent parfois plus rapidement et plus stratégiquement que le Canada.

Ce contraste soulève une question fondamentale pour les manufacturiers d’ici : pourquoi attendons-nous si longtemps avant d’automatiser?

Le Canada : une automatisation encore marginale malgré des coûts élevés

En 2025, le Canada affiche un paradoxe bien connu dans le milieu manufacturier.

  • Environ 8,4 % des manufacturiers canadiens ont historiquement adopté des technologies robotiques.
  • Le secteur manufacturier demeure toutefois le leader national en automatisation industrielle, loin devant les autres secteurs.
  • Les intentions d’investissement progressent : 66 % des manufacturiers canadiens disent vouloir investir en robotique et automatisation.

Sur papier, ces chiffres semblent encourageants. En pratique, l’automatisation demeure souvent réactive plutôt que proactive : elle survient lorsque la pénurie de main-d’œuvre devient critique, lorsque les coûts fixes deviennent intenables ou lorsque des subventions sont disponibles.


Le cas Royer : un signal d’alarme bien réel

L’exemple du fabricant québécois Royer, fondé il y a près de 100 ans, illustre brutalement cette réalité.

  • Production passée de 500 paires/jour en 2010 à 125 aujourd’hui
  • Chaque paire absorbe désormais 4 fois plus de coûts fixes (≈ 60 $ vs 15 $)
  • Coût de fabrication au Québec : 2 heures à 25 $/h = 50 $ par paire

À titre de comparaison :

  • Vietnam : 4,24 $
  • Cambodge : 2,74 $
  • Bangladesh : 1,50 $

Dans ce contexte, l’absence ou le retard d’automatisation devient un facteur de fermeture, pas seulement un enjeu de compétitivité.


Le Bangladesh : automatiser pour rester dans la course mondiale

À première vue, le Bangladesh ne devrait pas être un champion de l’automatisation. Pourtant, la réalité du terrain raconte une autre histoire.

Des chiffres qui surprennent

  • En 2023, 18,6 % des usines du secteur du vêtement (RMG) avaient déjà implanté au moins une forme d’automatisation.
  • C’est plus du double du taux d’adoption robotique historique du Canada.
  • Les grandes usines exportatrices expérimentent activement :
    • découpe automatisée
    • systèmes de codes-barres
    • contrôle qualité numérique
    • ERP et traçabilité

Même si l’automatisation n’est pas encore aussi avancée qu’en Chine ou au Vietnam, la trajectoire est claire : elle s’accélère.

Pourquoi automatiser avec une main-d’œuvre à 1,50 $/h?

Parce que le Bangladesh a compris une chose essentielle : l’automatisation n’est pas qu’une question de salaire.

Les moteurs réels sont :

  • exigences de qualité des donneurs d’ordres internationaux
  • délais de livraison plus courts
  • traçabilité et conformité ESG
  • réduction des erreurs humaines
  • standardisation des volumes

Autrement dit, l’automatisation est perçue comme un levier stratégique, pas comme un dernier recours.

 

Canada

Bangladesh

Coût de main-d’œuvre

Élevé

Très faible

Taux d’automatisation

~8,4 % (historique)

18,6 % (RMG)

Logique d’adoption

Réactive

Stratégique

Pression externe

Pénurie de main-d’œuvre

Clients internationaux

 

Le Bangladesh automatise pour rester compétitif.
Le Canada automatise souvent pour survivre.

Malgré des freins bien réels dont les coûts d’investissement élevés, besoins en formation, infrastructures à moderniser et dépendance à des fournisseurs étrangers, le Bangladesh poursuit activement sa transition vers l’automatisation. Pour des lignes de production dont le coût peut atteindre entre 150 000 $ et 500 000 $ US, même dans un contexte où plus de 80 % des usines sont des PME, l’adoption progresse.

Cette réalité met en lumière un contraste frappant avec le Canada : là où le Bangladesh automatise de façon stratégique pour répondre aux exigences des marchés internationaux et sécuriser sa compétitivité future, le Canada tend encore trop souvent à automatiser par réaction, sous la pression de la pénurie de main-d’œuvre et de la hausse des coûts.

Une comparaison inconfortable, mais révélatrice : l’automatisation n’est plus un luxe défensif, c’est un choix stratégique qui se décide avant que les marges et les capacités opérationnelles ne s’érodent. Si même les pays à très bas salaires automatisent pour rester compétitifs, le Canada ne peut plus se permettre d’attendre.

Sources : Journal de Montréal, Butex Business Club, CanadianSME Magazine