En 2026, le Québec demeure reconnu comme un acteur important en matière d’innovation à l’échelle mondiale. Toutefois, les résultats de la Grande Enquête sur l’innovation en entreprise 2026 du Conseil de l’innovation du Québec révèlent une réalité plus nuancée : les entreprises québécoises innovent, mais ne parviennent pas à transformer pleinement ces efforts en gains concrets de productivité, de croissance et de compétitivité.
Ce constat est particulièrement préoccupant dans un contexte où la pression internationale s’intensifie et où les manufacturiers doivent composer avec des enjeux structurants comme la pénurie de main-d’œuvre, la volatilité des marchés et l’augmentation des coûts d’opération.
Un recul de l’innovation qui soulève des inquiétudes
L’un des indicateurs les plus marquants de l’enquête est la diminution significative du nombre d’entreprises ayant entrepris des projets d’innovation. En 2024, 69 % des entreprises déclaraient avoir innové, contre seulement 55 % en 2026. Cette baisse de 14 points de pourcentage en deux ans traduit un ralentissement préoccupant.
À titre comparatif, le Québec se situe désormais derrière certaines provinces canadiennes, notamment la Colombie-Britannique (64 %) et l’Alberta (59 %). Plus inquiétant encore, 26 % des entreprises québécoises indiquent ne pas avoir l’intention d’innover au cours des trois prochaines années, ce qui pose un risque direct pour la compétitivité à moyen terme.

L’innovation crée de la valeur… mais moins au Québec
Les données de l’enquête confirment clairement que l’innovation est un levier de performance. Les entreprises qui innovent doublent leurs probabilités d’atteindre une croissance annuelle de 5 % ou plus, passant de 23 % à 45 % au Québec. Des tendances similaires sont observées ailleurs au Canada, avec des performances encore plus élevées en Ontario et dans l’Ouest.
Cependant, malgré ces gains, le Québec accuse un retard dans la capacité à capter pleinement la valeur de l’innovation. Sur le plan de la productivité, les entreprises innovantes québécoises sont seulement 1,2 fois plus nombreuses à anticiper des gains, comparativement à 1,8 fois en Ontario et 1,6 fois en Colombie-Britannique.
Cette différence est significative. Elle indique que le problème n’est pas tant l’innovation en soi, mais la manière dont elle est mise en œuvre, intégrée et exploitée dans les opérations.
Des freins davantage culturels que financiers
Contrairement à certaines perceptions, le principal obstacle à l’innovation n’est pas d’abord économique. Parmi les entreprises qui n’ont réalisé aucun projet d’innovation, 49 % affirment ne pas en percevoir le besoin. Ce chiffre met en évidence un enjeu fondamental de culture organisationnelle.
À cela s’ajoutent des contraintes opérationnelles bien connues dans le secteur manufacturier. La disponibilité de la main-d’œuvre est identifiée comme un frein par 33 % des entreprises, tandis que 28 % mentionnent un manque de compétences ou de savoir-faire. Ces facteurs limitent la capacité à initier et à soutenir des projets d’innovation structurants.
Enfin, l’accès au financement privé demeure plus difficile au Québec. Seulement 30 % des entreprises innovantes y ont recours, comparativement à plus de 50 % dans certaines autres provinces canadiennes. En conséquence, plusieurs entreprises doivent financer leurs projets à même leurs fonds propres, ce qui limite leur portée.

La robotisation comme levier direct de productivité
Dans ce contexte, la robotisation et l’automatisation apparaissent comme des leviers particulièrement efficaces pour transformer l’innovation en résultats tangibles. Contrairement à des initiatives plus abstraites, elles permettent des gains rapides et mesurables.
Une cellule robotisée peut contribuer à stabiliser la qualité, augmenter le volume de production, réduire la dépendance à la main-d’œuvre et améliorer la prévisibilité des opérations. Ces éléments répondent directement aux principaux freins identifiés dans l’enquête, notamment les enjeux de main-d’œuvre et de productivité.
Une culture d’innovation encore à développer
L’un des constats structurants du rapport concerne la maturité de la culture d’innovation. Seulement 16 % des entreprises québécoises possèdent une culture d’innovation dite « mature ». Or, cette maturité a un impact direct sur la capacité à innover : 87 % des entreprises ayant une culture mature réalisent des projets d’innovation, contre seulement 68 % pour celles dont la culture est en émergence.
La Grande Enquête sur l’innovation 2026 envoie un message clair : le Québec n’a pas un problème d’innovation, mais un problème d’impact. Les entreprises innovent, mais ne maximisent pas les retombées de leurs initiatives.
Pour les manufacturiers, l’enjeu est donc de passer d’une logique d’innovation ponctuelle à une approche structurée, orientée vers des résultats concrets. Cela implique notamment d’accélérer l’adoption des technologies, de renforcer la culture d’innovation et de s’appuyer sur des partenaires spécialisés pour déployer des solutions efficaces.
Dans un contexte économique de plus en plus compétitif, la capacité à transformer l’innovation en performance opérationnelle devient un facteur déterminant. Les entreprises qui réussiront cette transition seront celles qui tireront pleinement profit des opportunités offertes par la robotisation, l’automatisation et les technologies intelligentes.
Sources Images et rapport : Conseil Innovation Québec
