Sommes-nous prêts à affronter la nouvelle réalité économique?
En pleine résurgence du protectionnisme américain, le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) de HEC Montréal publie la 15e édition de son Bilan Productivité et prospérité au Québec. Le constat est clair : le Québec et le Canada souffrent toujours d’un déficit structurel de productivité qui limite sérieusement leur capacité à absorber les chocs externes, notamment les menaces tarifaires américaines.
Pour les entreprises québécoises, ce n’est pas qu’un enjeu macroéconomique. C’est un signal stratégique.
Un retard qui persiste
En 2023, le niveau de vie au Québec atteignait 65 490 $ par habitant (PPA), soit 18,6 % sous la moyenne des principales économies de l’OCDE. La province se classe dans le bas du peloton, devançant seulement quelques pays comme le Japon et l’Espagne. Oui, l’écart avec l’Ontario s’est réduit. Mais ce « rattrapage » s’explique davantage par la contre-performance ontarienne que par une accélération québécoise.
Le vrai problème demeure : La productivité du travail au Québec est trop faible.
Chaque heure travaillée génère en moyenne 18,80 $ de moins que la moyenne OCDE19.
À mesure que le dollar canadien s’est apprécié, la compétitivité des exportations vers les États-Unis s’est affaiblie. Plusieurs entreprises ont ainsi perdu des parts de marché, incapables de rivaliser avec la montée de la concurrence asiatique. Le poids des exportations dans le PIB a alors reculé (Graphique 20).
Dans ce contexte, les entreprises n’ont pas su tirer pleinement parti de la hausse du dollar pour moderniser leurs installations, alors même qu’une devise forte rend les équipements importés qui constituent la majorité des investissements industriels plus abordables.
Conséquence : les investissements en machines, en matériel et en propriété intellectuelle ont ralenti. Le retard de productivité ne s’est pas résorbé et la compétitivité s’est érodée au point où la faiblesse relative du dollar canadien ne suffit plus à soutenir les exportations.
Aujourd’hui, le poids des exportations au Québec demeure nettement inférieur à celui observé dans des économies de taille comparable comme la Finlande, la Suède ou le Danemark qui affichaient pourtant un niveau similaire au début des années 2000.

Le nœud du problème : l’investissement privé
La productivité repose sur trois leviers :
- La productivité par heure travaillée
- L’intensité du travail
- Le taux d’emploi
Or, l’analyse du CPP est sans équivoque : l’essentiel du retard québécois provient de la faiblesse de la productivité du travail, elle-même largement attribuable à un manque d’investissement privé.
En 2021, les entreprises québécoises ont investi 15 038 $ par emploi, soit 10 826 $ de moins que la moyenne OCDE.
Le déficit est particulièrement marqué en :
- Machines et équipements
- Technologies
- Produits de propriété intellectuelle
Et c’est ici qu’entre en jeu la robotisation.
Le déficit de robots : un indicateur révélateur
Selon l’International Federation of Robotics (2025), le Canada compte 124 robots industriels par 10 000 travailleurs (hors automobile).
Comparativement :
- Corée du Sud : 1006
- Chine : 496
- Japon : 342
- Allemagne : 292
- États-Unis : 200
- France : 147
Le Canada ne devance que le Royaume-Uni (63).
Même si les données ne sont pas ventilées par province, cette position illustre le retard technologique global du pays. Le rapport souligne également que le marché intérieur canadien demeure segmenté et peu exposé à la concurrence comparativement aux États-Unis ou à l’Union européenne.
Le Bilan 2025 ne livre pas un message alarmiste. Il livre un message lucide.
Le Québec ne manque ni de talent ni d’entrepreneurs. Il manque d’investissement productif structurant.
Dans un monde où les marchés se referment et où la concurrence s’intensifie, la prospérité passera inévitablement par :
- Plus d’investissement.
- Plus d’automatisation.
- Plus d’innovation.
- Plus de productivité.
La question n’est plus de savoir si nous devons agir.
La question est : qui agira en premier?
Sans gains substantiels de productivité, les entreprises québécoises ne pourront ni remplacer les importations étrangères ni conquérir de nouveaux marchés.
Source : Bilan complet pdf Source : Deslauriers, J., Gagné, R. et Paré, J. (2025). Productivité et prospérité au Québec – Bilan édition 2025, Centre sur la productivité et la prospérité – Fondation Walter J. Somers, HEC Montréal.
