Les nouveaux tarifs douaniers américains accentuent la pression sur les entreprises manufacturières québécoises. Hausse des coûts, diminution des commandes, réduction des marges et besoins supplémentaires en fonds de roulement : les effets peuvent rapidement compromettre les liquidités et retarder certains investissements.
Le 21 août 2026, le gouvernement fédéral indiquait que les États-Unis comptaient imposer des droits de douane de 50 % sur des produits canadiens totalisant environ 28 milliards de dollars. Cette mesure ne touche pas toutes les exportations canadiennes, mais elle augmente considérablement l’incertitude pour plusieurs secteurs industriels. (Gouvernement du Canada) Pour aider les entreprises à traverser cette période et à renforcer leur compétitivité, les gouvernements du Québec et du Canada proposent actuellement plusieurs programmes.
Parmi les plus pertinents pour les manufacturiers québécois, on retrouve :
- le programme FORCE;
- le PAUPME – Tarifs douaniers;
- l’Initiative régionale de réponse tarifaire (IRRT).
Ces mesures ne répondent toutefois pas toutes au même besoin. FORCE et le PAUPME offrent principalement des prêts pour soutenir les liquidités, tandis que l’IRRT peut contribuer directement au financement d’un projet structurant d’automatisation, de productivité ou de diversification.
Trois programmes, trois types de besoins
| Programme | Entreprises principalement visées | Type d’aide | Aide maximale | Objectif |
|---|---|---|---|---|
| FORCE | Entreprises manufacturières ou du secteur primaire ayant un chiffre d’affaires d’au moins 2 M$ | Prêt | 50 M$ | Soutenir les liquidités |
| PAUPME – Tarifs | Entreprises ayant un chiffre d’affaires de 1 M$ à 2 M$ | Prêt | 150 000 $ | Soutenir le fonds de roulement |
| IRRT | PME manufacturières québécoises de moins de 500 employés ayant un chiffre d’affaires d’au moins 2 M$ | Contribution remboursable ou non remboursable | Jusqu’à 1 M$ non remboursable | Productivité et diversification |
L’admissibilité ne repose pas uniquement sur le chiffre d’affaires. Chaque entreprise doit également démontrer son exposition aux tarifs, leur incidence financière et, selon le programme, sa capacité à demeurer rentable.
FORCE : jusqu’à 50 M$ pour soutenir les liquidités
Le Fonds offensif pour le renforcement des capacités économiques, mieux connu sous l’acronyme FORCE, est administré par Investissement Québec.
Ce programme s’adresse aux entreprises québécoises qui présentent de bonnes perspectives de rentabilité, mais dont les activités sont affectées par de nouveaux tarifs douaniers américains d’au moins 25 % entrés en vigueur depuis le 4 mars 2025.
Principaux critères d’admissibilité
L’entreprise doit notamment :
- être immatriculée et en activité au Québec depuis au moins deux ans;
- avoir généré un chiffre d’affaires d’au moins 2 M$ lors du dernier exercice financier terminé;
- avoir été rentable pendant au moins un des deux derniers exercices financiers;
- exercer ses activités dans le secteur manufacturier ou dans un secteur primaire, comme l’agriculture ou la foresterie;
- exporter vers les États-Unis des produits visés par un nouveau tarif américain d’au moins 25 %.
Pour une demande de 10 M$ ou moins, au moins 25 % du chiffre d’affaires de l’entreprise doit avoir été généré par des exportations vers les États-Unis pendant l’un des deux derniers exercices financiers.
Les producteurs de bois d’œuvre résineux ne sont pas admissibles à FORCE et doivent plutôt vérifier les possibilités offertes par le programme FORET.
Quelle aide est offerte?
FORCE propose un prêt pouvant atteindre 50 M$ afin de couvrir les besoins de liquidités de l’entreprise pendant une période maximale d’un an.
Les principales modalités annoncées sont :
- aucun intérêt pendant la première année;
- un taux d’intérêt progressif à compter de la deuxième année;
- une durée maximale de sept ans;
- un moratoire sur le remboursement du capital pouvant atteindre 24 mois.
Pour les interventions de 10 M$ ou moins, les dépenses admissibles correspondent à un maximum de 50 % du chiffre d’affaires généré par les exportations américaines pendant le dernier exercice financier terminé.
Les entreprises intéressées doivent communiquer avec leur directeur de compte chez Investissement Québec ou avec le service d’accueil de l’organisme. (Investissement Québec – Programme FORCE)
PAUPME : jusqu’à 150 000 $ pour les entreprises de 1 M$ à 2 M$
Le Programme d’aide d’urgence aux petites et moyennes entreprises – Tarifs douaniers vise les entreprises de plus petite taille qui vivent des difficultés financières causées par les tarifs américains. Contrairement à FORCE, le PAUPME peut également être accessible aux fournisseurs et aux sous-traitants d’entreprises exportatrices.
Principaux critères d’admissibilité
Pour être admissible, l’entreprise doit notamment :
- avoir son siège social au Québec;
- être inscrite au Registre des entreprises du Québec depuis au moins deux ans;
- avoir généré un chiffre d’affaires d’au moins 1 M$ et d’au plus 2 M$ pendant son dernier exercice financier;
- exporter aux États-Unis des produits visés par les tarifs ou fournir une entreprise exportatrice touchée;
- avoir généré au moins 25 % de son chiffre d’affaires de 2024 grâce aux exportations américaines, directement ou indirectement;
- démontrer une baisse de chiffre d’affaires d’au moins 20 % par rapport à 2024 ou prévoir une diminution d’au moins 20 % à compter de 2026;
- avoir été rentable pendant au moins un des deux derniers exercices financiers;
- présenter des perspectives raisonnables de rentabilité à moyen terme.
Quelle aide est offerte?
Le PAUPME prend la forme d’un prêt maximal de 150 000 $. L’aide peut représenter jusqu’à 75 % des besoins de liquidités de l’entreprise pour une période de douze mois.
Les modalités comprennent notamment :
- un taux d’intérêt de 0 % pendant les douze premiers mois;
- un moratoire sur le remboursement du capital pendant douze mois;
- la possibilité d’un moratoire additionnel, selon les conditions applicables;
- un amortissement maximal de 60 mois, sans compter les moratoires.
L’entreprise doit également présenter un plan d’adaptation ou s’engager à le déposer dans les douze mois suivant l’octroi de l’aide. Ce plan peut notamment porter sur l’amélioration de la productivité, la diversification des marchés ou l’adaptation des produits.
Les demandes sont administrées par les MRC, les municipalités ou les organismes responsables du fonds local d’investissement. Les modalités sont actuellement en vigueur jusqu’au 31 mars 2028. (Gouvernement du Québec – PAUPME Tarifs douaniers)
IRRT : jusqu’à 1 M$ non remboursable pour un projet structurant
L’Initiative régionale de réponse tarifaire est administrée au Québec par Développement économique Canada pour les régions du Québec.
Alors que FORCE et le PAUPME répondent principalement à des besoins immédiats de liquidités, l’IRRT vise à soutenir des investissements permettant aux manufacturiers de devenir plus productifs, plus compétitifs et moins vulnérables aux perturbations commerciales.
Entreprises admissibles
Pour être admissible, une entreprise doit notamment :
- être une PME manufacturière de moins de 500 employés;
- être située et exercer ses activités au Québec;
- être en activité depuis au moins trois ans;
- avoir réalisé un chiffre d’affaires d’au moins 2 M$ lors du dernier exercice financier;
- démontrer une incidence négative du contexte tarifaire, comme une perte de revenus, une hausse des coûts ou une diminution de la rentabilité;
- avoir été viable avant l’imposition des droits de douane, soit avant le 21 mars 2025;
- présenter un projet structurant améliorant sa compétitivité ou favorisant la diversification de ses marchés.
Quelle aide est offerte?
L’IRRT prévoit plusieurs formes de soutien :
- jusqu’à 1 M$ en contribution non remboursable pour un projet structurant combinant productivité et diversification des marchés;
- jusqu’à 300 000 $ non remboursables pour un projet visant uniquement la diversification des marchés;
- une contribution remboursable de plus de 1 M$ pour certains investissements majeurs et structurants.
Le taux d’aide maximal est de 50 % pour les projets bénéficiant d’une contribution non remboursable. Le montant minimal d’aide est fixé à 100 000 $.
Les demandes sont traitées en continu jusqu’à l’utilisation complète de l’enveloppe budgétaire. (Développement économique Canada – IRRT)
Un projet de robotisation peut-il être admissible à l’IRRT?
Oui. L’automatisation, la robotisation, la numérisation et l’acquisition de technologies permettant d’améliorer la productivité font partie des activités pouvant être soutenues.
Un projet pourrait notamment viser à :
- automatiser une opération manuelle difficile à pourvoir;
- intégrer une cellule robotisée de soudage, d’assemblage, de manutention ou de palettisation;
- adapter une ligne de production afin de fabriquer de nouveaux produits;
- augmenter significativement la productivité et réduire les coûts de fabrication;
- intégrer un système de vision artificielle ou une technologie numérique;
- réduire les pertes de matière, les délais ou la dépendance à certains intrants;
- développer une capacité de production permettant d’accéder à de nouveaux marchés.
Le projet doit toutefois entraîner un changement significatif, durable et mesurable dans les activités de l’entreprise. Le simple remplacement d’un équipement par un modèle similaire ou une augmentation marginale de la capacité risque d’être considéré comme insuffisamment structurant.
Pour améliorer la solidité du dossier, l’entreprise devrait être en mesure de démontrer les résultats attendus : réduction du coût de production, augmentation de capacité, amélioration de la qualité, réduction des délais, diminution de la dépendance à la main-d’œuvre ou accès à de nouveaux marchés.
Peut-on combiner les programmes?
Les programmes peuvent être complémentaires, puisqu’ils ne répondent pas nécessairement aux mêmes besoins.
Une entreprise pourrait, par exemple :
- utiliser FORCE ou le PAUPME pour répondre à une pression temporaire sur ses liquidités;
- déposer séparément un projet d’automatisation ou de diversification dans le cadre de l’IRRT.
Il demeure essentiel de vérifier les règles de cumul. Une même dépense ne peut pas être financée deux fois et toutes les aides gouvernementales demandées ou obtenues doivent généralement être déclarées.
Avant de signer un contrat, de commander un équipement ou d’engager des dépenses, l’entreprise devrait confirmer la date d’admissibilité des coûts auprès de l’organisme responsable.
Les documents à préparer
Les entreprises touchées par les tarifs ont intérêt à commencer rapidement la préparation de leur dossier. Les documents suivants seront généralement utiles :
- les états financiers des deux ou trois derniers exercices;
- les résultats financiers intérimaires;
- la répartition des ventes par client, produit et marché;
- la proportion des revenus provenant directement ou indirectement des États-Unis;
- la preuve que les produits concernés sont visés par les tarifs;
- une prévision de trésorerie sur douze mois;
- un plan d’adaptation;
- une description technique du projet;
- un budget détaillé et des soumissions de fournisseurs;
- les gains de productivité et les résultats attendus;
- la liste des autres aides gouvernementales demandées ou obtenues.
Transformer la pression tarifaire en projet de productivité
Les tarifs américains représentent un défi important pour les manufacturiers québécois. Les programmes actuels peuvent toutefois leur donner la marge de manœuvre nécessaire pour maintenir leurs activités et investir dans leur compétitivité.
La première étape consiste à distinguer deux besoins :
- l’entreprise a-t-elle besoin de liquidités pour traverser une période difficile?
- doit-elle investir dans l’automatisation, la productivité ou la diversification afin de réduire durablement sa vulnérabilité?
Revtech peut accompagner les manufacturiers dans la définition technique de leurs projets de robotisation et d’automatisation, l’évaluation des solutions possibles et l’estimation des gains de productivité. Une pré-ingénierie bien structurée peut également faciliter la préparation du budget, de l’échéancier et des résultats mesurables nécessaires à une demande d’aide financière.
Les critères, les enveloppes et le statut des programmes peuvent évoluer rapidement. Les informations présentées dans cet article ont été vérifiées le 25 août 2026. Avant d’engager des dépenses, communiquez avec l’organisme responsable afin de confirmer l’admissibilité de votre entreprise et de votre projet.
